21 décembre 2009

# mardi 17 novembre #

Ce matin nous repartons pour Foundiougne en charrette. Nous emmenons Ami, une très jeune femme, petite protégée de Monique. Elle a eu un enfant, un petit garçon, mais elle n'est pas mariée et cette maternité précoce lui pose de gros problèmes pour se rendre régulièrement au collège. Fatou vient aussi avec nous car c'est aujourd'hui le Louma, le marché hebdomadaire. Nous retraversons le tan, cette étendue mi sable/mi sel qui nécrose la végétation entre foundiougne et les villages de brousse. A l'orée de la ville, les charrettes et les villageois se rejoignent vers le marché. Nous arrêtons notre équipage au milieu des autres et partons déambuler autour des étalages colorés. J'ai failli m'acheter une bague en argent mais je n'ai plus assez d'argent sur moi, je vais attendre d'être à Dakar pour retirer des espèces. J'ai photographié le local des verts que j'avais remarqué à l'aller. Cette case me semble tellement dérisoire au milieu de ce continent dévasté...

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Nous laissons Monique, toujours très affairée, pour aller nous désaltérer au campement où nous avions dormi ici. La jeune femme qui s'occupe de nous a mal à la tête et ne semble pas très bien réveillée. Mais elle tient entre ses doigt un trophée qu'elle vient d'acheter au marché : une perruque neuve au brushing parfait. Quand elle la coiffe entre ses doigts, ses yeux s'illuminent !
Nous retrouvons Pierre en train de peindre une scène de vie sur un des murs du bar.
Encore une fois nous chargeons les bagages pour les îles que nous avions laissé en garde ici et nous récupérons auprès des femmes la commande d'arachides grillées passée avant d'aller à M'bassi.

Nous déjeunons chez Bingo. C'est le prénom de la patronne. Elle s'appelle comme ça car elle a gagné le concours du plus beau bébé à sa naissance ! Le repas est vite pris, il faut encore courir acheter de l'eau et charger filles et bagages dans la pirogue qui va nous emmener à Dionewar à 5 heures d'ici. Dans la précipitation, nous avons failli oublier le portable de Monique laissé à recharger dans le restaurant. La marée n'attend pas !

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Nous devions embarquer dans la pirogue des femmes qui rentrent du marché mais elle est trop chargée et quand nous l'apercevons, nous sommes pris d'inquiétude pour les passagers qui s'entassent au  milieu des victuailles...

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Nous sommes au fil de l'eau depuis deux heures environ. Nous avons dépassé Djindar. Nous couperons à travers des bolongs plus étroits par Falla. Le huîtres essaiment sur les racines des palétuviers. Nous croisons une pirogue remplie de garçons petits et grands en pleine partie de pêche et de baignade. Le bateau s'échoue sur les hauts fonds. Les hommes descendent et remettent la pirogue dans le droit chemin. A bord, il y a un lutteur. Les filles chantent les louanges de ce jeune homme beau et fort ! Sur les rives sablonneuses nous apercevons des trous réguliers. Ce sont les nids des serpents. Des crabes courent sur la vase. Des oiseaux type martin-pêcheur noirs et blancs (martin-pêcheur pie) crient au passage du bateau. Quelques cocotiers bordent la rive. Nous débarquons enfin, pieds dans l'eau sous un ciel qui s'est couvert à mesure que nous progressions sur l'eau calme.
La traversée jusqu'au port des femmes commence. Karine, Monique et moi portons notre sac à dos, pensant que la charrette arrivera bien après nous. Las, elle arrivera juste après, nous avons sué pour rien. Nous croisons un groupe d'hommes qui s'entraînent au sport national, la lutte. Eux aussi transpirent...
Le campement n'est pas prêt. Il n'y a rien. Pas d'eau, pas d'électricité dans des locaux où tout est pourtant prévu pour. Les femmes enfin prévenues de notre arrivée installent matelas et cordes pour les moustiquaires, portent seaux d'eau et bougies. Les draps que Monique a portés pour le dispensaire nous serviront pour recouvrir les matelas. Nous allons nous doucher, dubitatives, alors que la nuit tombe.

Tout bascule en un instant. Monique chute dans l'obscurité et ne peut plus se relever. Avec les garçons qui ont aidé à installer le campement nous arrivons à la glisser sur une chaise. Elle souffre. Le médecin d'ici est indisponible à cette heure. Nous n'arriverons à avoir que du Nifluril et du paracétamol. Monique est allongée au prix d'une grande souffrance et passe la nuit ainsi. L'angoisse étreint le groupe. Nous nous couchons, il n'y a rien d'autre à faire pour le moment. Par la fenêtre calfeutrée avec mon paréo, j'aperçois la lueur des flammes du campement de talibés qui jouxte notre dortoir. Je m'endors en écoutant les chants psalmodiés en arabe et le bruit du ressac.

Posté par angelots à 13:42 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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