21 décembre 2009

# mercredi 18 novembre "

La nuit a été éprouvante pour Monique. Elle a les traits tirés. Karine et moi partons chercher le médecin du dispensaire. Il promet de venir vite. Quand il finit par l'ausculter, il diagnostique très rapidement une fracture du col du fémur. Il faut la rapatrier. Ici au village, il n'y a plus de télécentre à cause des portables qui se multiplient et la poste ne permet pas d'appeler hors du pays. Avec son portable, Monique appelle l'assistance internationale. Malgré le médecin qui juge son état trop critique pour partir en pirogue et ambulance, il n'y aura pas d'hélicoptère.
Nous sommes fatiguées, tendues. Cependant il faut distribuer les fournitures dans les écoles, les médicaments au dispensaire, les habits aux femmes. Karine et moi nous chargerons des écoles puisque les crayons et stylos ont été fournis par son labo.
Nous rencontrons le directeur de l'école primaire et faisons avec lui le tour des classes et, à chaque fois, la pause photo avec l'instituteur et ses élèves. Nous lui remettons également du courrier puisqu'il y a un échange entre les enfants d'ici et ceux d'une école de mérignac.

senegal2_131

senegal2_125

senegal2_126
par la fenêtre d'une classe

senegal2_137
la cour de l'école jonchée de coquillages

A la recherche du médecin, nous avions déambulé dans le village. Le sol est jonché de coquillages coupants. Nous cherchions aussi la classe des touts petits, déplacée en raison des risques d'effondrement du toit. Les enfants sont relogés à l'étroit, pourtant, là aussi l'effectif ne sera au complet qu'après la tabaski.

senegal2_116

Malgré notre envie à toutes de quitter l'île aujourd'hui, il faudra attendre le lendemain. La marée est basse en journée et la nuit les routes ne sont pas sûres jusqu'à Dakar. La pirogue ambulance partira tôt demain matin.

senegal1_289
Karine questionne les femmes sur le séchage des yets et du poisson

Reste à occuper un après-midi entier. Je grignote du bout des lèvres quelques crevettes cuisinées par les femmes. Karine avale un bout de pain et nous décidons de rallier l'hôtel par la plage. C'est une promenade agréable. La plage est déserte, les coquillages jonchent le sol de sable gris. Notre progression fait reculer les crabes qui disparaissent devant nous dans leurs trous.

senegal1_297

senegal1_301

senegal1_298

senegal1_300

A l'hôtel, nous nous installons au bar et sirotons un coca avec olives et arachides. Ce moment ensemble nous permet de décompresser, nous sommes plus sereines. L'air est doux au bord de l'eau. La clientèle de toubabs est clairsemée, certains sont encore à table, un jeune couple déambule main dans la main sur la plage. Nous nous sentons à dix mille lieux de ce tourisme aseptisé et pourtant nous irons voir le prix des chambres (exorbitant) dans le fol espoir de ne pas avoir à repasser une nuit dans le voisinage des talibés et leur marabout. Et puis ce matin nous avons regardé la couleur de l'eau tirée du puits la veille pour nous doucher et il nous a paru impossible de nous laver à nouveau avec... Heureusement, il y a des douches dans les toilettes du bar !
Retour par le même chemin et nous croisons des pêcheurs allongés sur le sable. Au milieu d'eux nous reconnaissons un des garçons qui a massé Monique la veille, il part pêcher au large avec des touristes. Nous lui annonçons l'état de la malade, il promet de repasser ce soir.

Au campement nous envoyons les filles faire la même balade que nous et prenons le relais auprès de Monique. Pendant que j'écris, Ousmane, le jeune garçon qui ne nous a pas quittées depuis hier (il dort même avec nous à cause des talibés), mange le reste des crevettes, installé comme un prince à la table dressée par les femmes et recouverte d'une nappe blanche immaculée.

Une dernière fois, Karine et moi longeons la plage jusqu'au village, accompagnées par Ousmane. Nous avons quelques questions à poser au docteur concernant le transport de Monique. Dans le soleil couchant, le village se dessine dans la fumée. Je questionne Ousmane. Ce sont les femmes qui, alignées, poussent avec leur petit balai de paille les détritus qui jonchent la plage. Les tas sont ensuite embrasés. Vision unique des robes colorées dans le pépiement des voix et les volutes.
Au dispensaire, le toubib s'apprêtait à venir visiter la malade. Sur le chemin qui nous ramène au campement, nous faisons une halte à la petite "usine" d'embouteillage de jus de ditax, bissap et citron. Les femmes sont en train de nettoyer les locaux mais nous pourrons les visiter pieds nus. Je regrette d'avoir laissé mon APN, un des murs en terre est travaillé artistiquement et les photos auraient été superbes. C'est Mamor qui est l'auteur du mur, un jeune homme très volontaire que nous avions croisé à Foundiougne et qui travaille maintenant avec voiliers sans frontière.

Je reviens sur les talibés, ces jeunes garçons orphelins ou laissés au marabout par leurs parents trop pauvres. Ils sont endoctrinés, formés à la mendicité puis dispersés dans les villes deux par deux. Leur violence est à la hauteur du manque de soin et d'affection dispensés pour leur "éducation". Le regroupement à Dionewar est récent, les campements de ce style se multiplient tout comme sont érigés vers le ciel, toujours plus nombreux, des minarets cerclés d'échafaudages.

Posté par angelots à 14:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur # mercredi 18 novembre "

Nouveau commentaire