TAPALAPA

30 novembre 2009

# Préambule #

L'aventure africaine a commencé bien en amont de ce séjour prévu entre le 6 et le 22 novembre 2009. Au début il y a Monique, amie de 20 ans qui connait bien l'Afrique de l'Ouest pour y avoir fait de nombreux séjours. Petit à petit, elle a organisé sa retraite en participant activement à différentes associations caritatives. Elle est associée au Jumelage entre la ville de Mérignac en Gironde où elle réside et Kaolack au Sénégal.

J'avais depuis longtemps envie de la suivre là bas. L'Afrique n'est pas un continent que je souhaitais aborder en simple touriste. Il me fallait d'autres raisons, une mission en quelque sorte qui justifiait un déplacement dans un lieu où la pauvreté, la maladie, l'illettrisme font des ravages quotidiens. En partant en petit groupe, nous pouvions emmener un bon poids de matériel (fournitures scolaires, livres, vêtements, objets divers, commandes attendues, courriers difficiles à achalander par la poste pas toujours fiable). Nous partirons à 5 : Monique donc, Arlette, Régine qui connait déjà la Casamance, Karine et moi.

Notre périple nous a conduit au sud est jusqu'en Pays Bassari où Monique n'était encore jamais allée. A défaut de traverser la Casamance (peu sûre en ce moment) nous avons repris le même chemin en sens inverse puis rejoint le Siné Saloum. Retour par la côte jusqu'à Dakar.

Karine venait de m'offrir pour mon anniversaire en octobre des petits carnets moleskine. Armée d'un crayon à papier, d'un taille-crayon et d'une gomme (achetée en cours de route, celle au bout de mon crayon n'a pas fait long feu...) j'ai rapporté quotidiennement mes impressions sur ce voyage. Petit à petit, l'idée du blog s'est mise en place, en accord avec les filles ravies de prolonger le voyage par un journal sur la toile.

Ce blog servira simplement à mettre en commun nos photos et nos impressions. J'espère que des commentaires viendront enrichir ces pages que je vais tenter de noircir le plus "clairement" possible.

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# vendredi 6 novembre #

Dès le tarmac, le souffle chaud mêlé de l'air ambiant et des réacteurs nous enveloppe d'une douceur qui avait disparu de nos corps petit à petit depuis le début de l'automne en France. Agréable sensation des vêtements qui bougent dans le vent chaud alors que nous foulons le sol africain à 23 h 35 heure locale.
Le bus nous fait traverser la piste et nous récupérons sans encombre les nombreux bagages que nous allons charrier pendant notre quinzaine africaine. Monique connait un des membres du personnel au sol qui nous fera passer le contrôle devant les autres passagers du vol air france. Bienvenue en Afrique !
Accrochées littéralement à nos caddies, nous fermons yeux et oreilles aux appels des nombreux hommes qui veulent nous aider à porter les bagages. Ignorantes des coutumes locales, nous laissons Monique gérer cet épisode de premier contact avec la population... Notre chauffeur nous attend. Nous n'utiliserons pas les transports locaux avant la fin de notre séjour. Djebel nous servira de chauffeur et guide jusqu'en pays Bassari où un 4x4 est indispensable pour parcourir des kms de pistes plus ou moins cahotiques. Il sera notre hôte aussi pour cette nuit.
Mais nous ne quittons pas l'aéroport Léopold Sedar Senghor tout de suite. Monique et moi revenons sur nos pas, elle a envie de repousser son vol pour assister à la
tabaski qui a lieu une semaine après notre départ. Elle ne se décidera pas ce soir, mais nous profitons d'être à nouveau dans l'aéroport pour changer nos devises auprès d'une connaissance (encore !) qui appliquera le change sans prendre de commission. De retour au véhicule, je joue à la fille déjà dans le bain en accompagnant le reste de la troupe effectuer la même transaction que Monique et moi.

Départ enfin pour la banlieue de Dakar, Keur Massar plus précisément. Nous découvrons une circulation très dense, des véhicules surchargés et en mauvais état, un chaos de ferraille dans un désordre de lumières, fumées et pétarades accentué par l'obscurité. Quant il s'agira de traverser la route pour rejoindre la banlieue de l'autre côté, nos souffles resterons suspendus à la dextérité du chauffeur. Plus de bitume hors des grands axes, nous roulons à présent sur des pistes sablonneuses semées de nids de poules jusqu'à la maison de Djebel.

Sans trop nous situer, nous déchargeons les bagages et accédons à la terrasse de la maison en construction. Nous dormirons à la belle étoile. Il faut improviser un couchage, déplacer des matelas, installer draps et moustiquaires dans un bazar monstre puisque nous ne sommes éclairés que par la lune et les quelques lampes torches que  nous avons réussi à retrouver à l'aveuglette dans les sacs...  J'ai besoin d'aller aux toilettes, les latrines sont en bas : deux parpaings sur lesquels je m'accroupis pour uriner dans la terre battue... Je réussis à me laver les dents en recrachant l'eau minérale achetée juste avant d'arriver chez Djebel et je rejoins les filles déjà allongées là haut.

Drôle d'endroit pour une rencontre avec le pays... Demain il fera jour et nous mesurerons alors l'ampleur des dégâts : nous ne sommes pas dans la maison de Djebel, mais dans un logement qui lui a été prêté. L'hivernage très rude a inondé cette partie de la capitale et sa maison a été touchée. Il campe ici avec sa femme et ses 6 garçons. Sans eau, sans électricité. Les seuls qui ont droit à la lumière sont les poulets et poussins qui occupent une pièce du rez-de-chaussée.

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01 décembre 2009

# samedi 7 novembre #

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Entre le moment du réveil aux aurores (lumière du jour + appel à la prière) et le petit déjeuner, il se passe quelques heures pendant lesquelles nous vivons au rythme de la maisonnée et jaugeons l'espace qui nous entoure. La maison est en chantier, rien n'est sécurisé mais les enfants ici évoluent librement et dès leurs premiers pas comme si aucun danger ne se dressait sur leur chemin.

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Monique me prête son portable pour que je rassure les enfants en France. J'ai bien essayé de trouver un télécentre, accompagnée à travers les rues de keur massar par un des fils de Djebel, mais aucun n'était encore ouvert.

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Nous partons faire les courses du déjeuner au marché. De larges étendues d'eau stagnante persistent aux alentours. On imagine sans peine les bactéries qui prolifèrent sans que les quelques pompes prêtées par le gouvernement n'y puissent rien. La population manque d'argent pour les alimenter en carburant et l'eau est là depuis des semaines.

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Les pluies durant l'hivernage ont eu raison d'un réseau d'assainissement quasi inexistant

Déja, notre emploi du temps est modifié. Nous devions partir très tôt le matin pour rejoindre le pays Bassari mais Djebel doit trouver une pièce pour le véhicule et nous devons revoir nos plans. Le grand départ ne sera que pour demain. Cet après-midi nous irons au Lac Rose et à Guedawaye.

Première douche à la bassine (quel soulagement après la fatigue du voyage !) et premier repas africain tous réunis autour d'un grand plat de riz et de boeuf.

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Arrêt express au bord du lac pour déposer les chaussettes que Karine a récupérées auprès d'une amie entraîneur d'une équipe de foot féminin. Nous trouvons la responsable des femmes qui travaillent les pieds dans le lac salé. Les chaussettes serviront de faible rempart contre les morsures du sel...
Ce lieu est unique même si aujourd'hui il n'est pas rose. En cette saison les eaux du lac sont trop hautes pour en accentuer la couleur. Sur la rive, l'écume salée borde le lac d'une mousse tourbillonnant dans le vent. C'est la fleur de sel m'explique un homme qui récite un laïus bien huilé sur le travail des pêcheurs de sel.
Nous ne resterons pas, les vendeurs ambulants nous harcèlent et Monique est attendue à Guedawaye.
J'ai été happée par cet endroit et aurait adoré m'y baigner, flotter sur cette étendue tellement salée qu'il est quasi impossible de s'y noyer. La chaleur de l'air, les vaguelettes qui se forment à la surface, la tentation est grande de trouver un coin tranquille quelquepart, un peu plus loin... Dommage...

Sur la route, passée les premières heures de prise de conscience du monde qui nous entoure, je réalise à quel point l'Afrique semble un continent oublié du reste du monde. Des gens par milliers qui s'activent en tout sens, pliant sous la charge, dans la cacophonie des engins motorisés et la pollution ambiante. Pollution de l'air, pollution de l'eau, pollution des sols jonchés de déchets non biodégradables.

Les rues de Guedawaye sont un dédale inextricable de pistes sablonneuses. Nous rencontrons Asta, femme de tête responsable d'une association qui essaie d'aider les femmes à travailler. Elle et Monique se connaissent bien. Ce soir, Asta rencontre le ministre de la culture, elle est habillée pour l'occasion et concède que nos tenues de touristes ne nous permettent pas de l'accompagner !

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Direction le marché Sam et plus précisement les teinturiers pour qui Monique a réuni la somme nécessaire à la construction d'un mur d'enceinte pour l'atelier et de latrines. Nous apportons des vêtements pour les nombreux enfants des familles qui travaillent ici, des tee-shirts pour les jeunes qui tapent tout le jour les tissus pour les lisser. Nous avons également pour eux une radio et des ampoules à baïonnette offerts par Arlette, quelques outils. Les conditions de travail sont édifiantes. Il reste encore une partie du mur à construire qui donne à voir l'état dans lequel se trouvait l'atelier avant la construction de la première partie du chantier. Les produits chimiques glougloutent à ciel ouvert sur des braseros à bout de souffle. Partout au sol des détritus. Et tout le jour, le bruit des masses de bois qui s'abattent en cadence sur des tissus plus colorés les uns que les autres.

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la partie du mur à finir

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au fond le mur fini, à gauche de la photo la porte des latrines

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La nuit tombe vite au Sénégal et la ville n'est pas éclairée. Nous repartons vers Keur massar. Au détour d'une rue, le 4x4 est pris au piège par les parasols et les stands d'un marché installé depuis le matin. Djebel insiste pour passer par là et pas à pas nous avançons sous les huées des commerçants qui défont devant nous leurs installations précaires.
Nous dînons sur la terrasse, sans trop savoir ce que nous a servi la femme de Djebel. Monique nous apprendra plus tard qu'il s'agissait certainement de tripes de moutons mélangées à des coquillettes...

Alors que je me suis retirée sous la moustiquaire pour finir de prendre des notes, un ami de Djebel vient improviser un tour de chant. Il fait participer toute la maisonnée et j'entends fuser les rires.
Nous allons à nouveau nous endormir en musique(il y a un mariage ce soir chez des voisins, le jeune femme à tout juste 16 ans...) mais pas de nuitée à la belle étoile cette fois, nous sommes installées sous une tente, protégées du vent qui souffle fort.

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02 décembre 2009

# dimanche 8 novembre #

Sur la route de Touba, la ville sainte, à quelques kilomètres de la maison que nous venons de quitter, la galerie, trop chargée, cède sous le poids des bagages. Nous sommes arrêtés devant une épicerie, une horde d'enfants jouent avec Monique pendant que Djebel fait réparer la galerie chez un soudeur.

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Ce matin, nous ne nous sommes pas réveillées à l'heure prévue et le petit déjeuner tardif qui a suivi avec toute la famille a considérablement retardé notre départ. Nous vivons au rythme du pays...

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Nous n'irons pas à la Mosquée de Touba. A vrai dire, nous ne sommes pas fâchées d'éviter ce lieu de culte où nous aurions dû porter jupe et foulard pour pouvoir entrer. Nous reprenons la route sous le soleil, achetant mandarines, petits pains et beignets sur le chemin. Femmes et enfants tendent leurs bras chargés de victuailles et la transaction se fait en quelques secondes, déjà la voiture redémarre. Nous nous arrêtons à Fatik déposer les bagages destinés aux îles du siné saloum que nous aborderons la semaine prochaine. Nous sommes à la centrale hydraulique où Djebel a travaillé. Le fils du responsable l'aide à descendre les bagages de la galerie. Il tient un exemplaire écorné en édition de poche du Germinal de Zola.

A Kaolack, nous nous arrêtons à l'alliance française. La jeune femme qui dirige l'association, Aurélie, est en poste depuis 9 mois. Elle se bat pour obtenir (et maintenir) des subventions, diriger le personnel local, lutter contre les dégâts liés à l'hivernage. Mais on sent en elle une énergie et une volonté à la hauteur des défis qu'elle s'est lancés. Elle a fait rénover le patio qui deviendra un lieu d'exposition et accueillera conteurs et enfants le mercredi sous une toiture neuve. Les pluies diluviennes pendant l'hivernage ont détruit tous les plafonds de ce bâtiment créé il y a une quinzaine d'année par un architecte français débordant d'imagination mais peu soucieux de l'écoulement massif des eaux de pluies à la mauvaise saison. C'est pourtant un endroit superbe, il a d'ailleurs reçu le prix Aga Khan de l'architecture.

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Le théâtre de verdure permet de faire venir des troupes, musiciens, comédiens etc...
Nous dégustons un coca en devisant sur l'invasion des chinois et les difficultés croissantes que rencontrent à tous les niveaux la population et les gens qui travaillent dans l'associatif. Conversation décousue, nous sommes écrasées par le soleil et les kilomètres déjà parcourus. Nous devions photographier les réalisations des enfants pendant les cours d'art plastique, le responsable n'étant pas là, nous reviendrons après notre périple en pays Bassari.

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Plus tard, nous faisons une halte à Birkelane où se tient le dimanche un grand marché. A cette période de l'année ce sont des troupeaux entiers de moutons qui transitent par ici en prévision de la tabaski. Les gens viennent de Dakar pour ramener, attaché à la galerie ou en charette, la bête qu'ils auront âprement négociée.

Karine et moi achetons une petite bassine et une bouilloire en plastique. Je connaissais ces objets pour en avoir vu chez des amis en France, je tenais absolument à en ramener du Sénégal, c'est chose faite ! Nous chargerons dans le 4x4 des pastèques, fruit de saison qui envahit au moins autant les marchés que les moutons !

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Nous campons ce soir à Kafferine, bourgade toute aussi peu éclairée que celles que nous avons traversées de nuit jusque là. Après un dîner frugal composé de vache qui rit, de pain, de concombre et de pastèque, nous allons faire un tour "en ville". Nous dénichons une cyber boutique et faisons quelques provisions de bouche en prévision de notre périple qui va nous conduire dans des endroits où nous ne trouverons pas grand-chose à manger.

Ce soir nous nous douchons pour de vrai ! chaque chambre est équipée d'une petite salle de bain. La plaisanterie du jour est la distribution des places dans les chambres : Monique dormira avec Karine et moi, Arlette et Régine dormiront avec le chauffeur. Petite précision, il n'y a qu'un seul (grand) lit par chambre...

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04 décembre 2009

# lundi 9 novembre #

Pour se protéger contre le palu, nous avions choisi Karine et moi de prendre du Lariam. Histoire de ne pas ingérer un médicament par jour. Mais la veille du départ, j'ai lu de telles horreurs concernant les effets secondaires liés à la prise de ce médicament que je n'ai plus voulu l'avaler. Nous sommes parties quand-même avec la boîte dans notre valise sans avoir testé le produit comme nous l'avait recommandé le médecin de l'hôpital où nous nous sommes fait vaccinées contre la fièvre jaune et certaines méningites. La première nuit à Keur-massar sur la terrasse, il y avait du vent et donc pas de moustique. Le lendemain, Djebel nous ayant installé une tente, nous étions à l'abri du vent. Le matin au réveil, nous constations quelques piqûres... Il fallait prendre une décision...

Le problème du Lariam est résolu. Monique a trouvé deux boites de doxycycline dans le stock de médicaments qu'elle a emporté. Karine et moi nous résignons à prendre un cachet quotidiennement. Hier nous avons été piquées par les "yos" à l'Alliance française. Kaolack est d'ailleurs baptisée la capitale des "yos"...
Départ le matin très tôt pour Tambacounda. Le soleil s'est levé devant nous, dans la poussière de latérite soulevée par les camions. La route qui rejoint le Mali est en construction, nous sommes constamment déviés et avançons sur les pistes rouges. Nous prenons notre petit déjeuner à Khoungheul. Café très sucré et sandwich à la pâte de cacao, servis par une femme qui essaie ainsi de gagner un peu d'argent pour élever ses enfants. Elle est divorcée, comme de plus en plus de femmes ici. Les talibés tournent autour de nous, affamés, les yeux malades. Monique achète du pain pour eux que la femme leur distribue.

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A Tambacounda, nous faisons une halte à la division hydraulique. Nous sommes reçus par le chef de brigade dans son bureau climatisé. Nous lui parlons de nos projets de rejoindre le pays Bassari. Il nous propose de passer par Niokolo Koba le parc naturel. Mais renseignement pris par téléphone, il s'avère (et nous nous en doutions) que le parc est impraticable juste après l'hivernage. Les pistes ne sont pas sûres, certaines parties sont inondées. Il nous apprend que le parc est autogéré par les villages alentours. Les chasseurs qui ne peuvent plus braconner pratiquent un système interne de surveillance. Les animaux s'auto-régulent en se déplaçant d'un pays à l'autre mais comme ils ne sont plus chassés, ils ont tendance à rester davantage sur zone.

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Jusqu'à Tambacounda, nous avançons parallèlement à la voie ferrée qui mène les trains jusqu'au Mali. Près de la gare, nous visitons le marché. Calebasses, louches, thouraï, balais et pierre ponce seront nos achats du jour.

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Nous reprenons la route sous une chaleur écrasante. De loin en loin nous dépassons des villages de huttes. Sur certains toits de paille s'étalent les courges locales ou calebasses qui feront les récipients que nous avons achetés plus tôt.

Pause déjeuner au campement touristique de Dar Salam. Un havre de paix coloré. Le mobilier typique (fauteuils en fer forgé+cordes de couleurs, chaises basses en lamelles de bois, wax bleu blanc rouge en guise de nappe. Nous dégustons notre première Gazelle.

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L'entrée du parc national est située à l'arrière du campement. Un jeune garde nous confirme qu'en cette saison il n'est pas possible de le traverser, l'eau est trop haute et les pistes non dégagées.

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Quelques verres de thé plus tard, nous reprenons la route. La chaleur se fait plus douce même si nous ressentons une plus grande humidité dans l'air. Nous regardons partout, espérant voir des animaux sauvages. Singes, oiseaux bleus ou multicolores, serpent noir, une espèce de mangouste croisent notre route. Nous apercevrons même sur le bord d'une rivière en contrebas de la route un crocodile qui dort gueule ouverte.

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L'arrêt suivant, le long du fleuve Gambie, est un ravissement. Il est environ une heure avant le coucher du soleil, les villageois finissent baignade et lessive au fil de l'eau. J'aperçois au loin un pêcheur installé sur des rochers au mitan du fleuve. Un homme nu, accroupi, se savonne le corps. Je réussis à le photographier discrètement même si je n'aime pas trop ces photos volées. Quelques minutes plus tôt, j'ai effrayé une toute petite fille, un joli bébé, en lui disant juste bonjour.

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Dernière ligne droite jusqu'à Kédougou. Derrière nous le ciel s'embrase, enveloppant les herbes sèches qui bordent la route et les passagers du 4X4 d'une lumière orangée qui décline plus vite que le véhicule n'avale de kilomètres. L'entrée dans la ville se fait dans une soudaine obscurité et nous partons à la recherche d'un campement pour deux nuits.

Karine et moi dormirons seules ce soir dans une case au toit de paille. Le ventilateur ronronne, Karine s'est assoupie sous la moustiquaire après m'avoir dit que je ressemble à un écrivain colonial. Je suis assise sur une fauteuil en bambou et je porte un pantalon thaï blanc immaculé sur une tunique indonésienne.

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En arrivant tout à l'heure nous avons réussi à faire arrêter le 4x4 (Djebel est têtu et il n'avait pas envie que nous dormions là) chez des missionnaires catholiques qui n'ont cependant pas pu nous héberger faute d'avoir été prévenues à temps. Pendant que Monique discute avec l'une d'entre elles, je découvre stupéfaite que la cour est auréolée d'un énorme frangipanier qui répand ses fleurs parfaites sur le sol. Je n'ai pas revu et donc pas replongé mon nez dans les effluves délicieuses de ma fleur préférée depuis mon séjour à la Réunion 17 ans auparavant... Ma cueillette est précieuse, je glisse quelques fleurs dans la couverture du moleskine et respire à pleins poumons celles que je garde dans mes mains.

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photo prise à Dakar dans la lumière finissante

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# mardi 10 novembre #

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Les voitures ne circulent pas la nuit. Le silence s'installe. A l'aube le premier son est l'appel à la prière et puis les oiseaux et enfin le premier véhicule passe devant le campement.
Nous prenons notre petit déjeuner sous le préau qui abrite tables et chaises, coin salon, hamacs, télévision. Le bar ne sert plus, la cuisine est un simple carré totalement vide hormis un évier crasseux. Nous utilisons le réchaud et les quelques ustensiles que Djebel a emportés.

Le marché de Kédougou est ombragé, aéré. Ce matin, beaucoup d'herbes aromatiques sont vendues par les femmes. Nous achetons de la ciboulette pour agrémenter les pâtes de midi. Nous avons trouvé de très beaux tissus, indigo et wax. Monique achète de la cola pour les vieux des villages. Nous goûtons à tour de rôle. C'est très apre, les filles recrachent, j'avale.
Notre déjeuner : salade maïs+macédoine+mayo+cube maggi, pâtes+cube maggi+vache qui rit+ciboulette. Le cube est utilisé à toutes les sauces mais en l'occurrence il nous servira à saler le plat. Nous avons traversé toute une région qui ramasse et conditionne le sel sans en avoir un gramme dans nos provisions !

Nous décidons de visiter les villages alentour. La piste rouge est semée de nids de poule, Djebel zigzague entre les obstacles. Ibel est à une quinzaine de kilomètres mais nous devons encore grimper pour atteindre le village. Deux jeunes guides nous accompagnent. Une heure de route avec un dénivelé de 600 m, en tongs (pour moi et Régine) et à peine 1 litre d'eau chacune. La randonnée n'était pas prévue, surtout sous cette chaleur... Nous n'avons pas mesuré la difficulté à atteindre le village Bédik où règne un baobab mesurant 23 mètres de haut.

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départ de la rando

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Arlette souffre. Régine est une randonneuse avertie en tongs..., seule Karine est convenablement chaussée. Mais nous montons, vaille que vaille, halte après halte. Nous avançons au milieu d'herbes hautes, tapant des pieds pour effrayer les éventuels serpents tout en devisant avec Alpha, notre jeune guide.

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A notre droite, à mi-parcours, un champ de coton, des fleurs de bissap. En haut le village est malheureusement désert, hommes et femmes sont au champ. Reste quelques vieux et des petits enfants. Il y a aussi deux jeunes hommes blancs qui ont grimpé le matin. Un espagnol et un écossais qui fait un grand périple à travers le continent africain. Ils redescendront avec nous après avoir eu le temps de profiter pleinement de l'endroit.
Nous payons notre visite à l'abre majestueux et distribuons la cola aux anciens. J'achète aussi un collier en terre cuite et perles rouges.

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La descente est un peu périlleuse. Arlette s'accroche au guide et marche derrière nous en parlant à bâtons rompus avec le jeune écossais. La visite s'est faite au pas de course, la descente aussi et nous le déplorons, Arlette surtout. Mais le temps passe, le soleil est déjà bas et aucune de nous n'a de montre.

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En bas Monique et Dejel nous attendent. Monique n'a pas perdu son temps, elle a discuté avec tous ceux qui n'étaient pas au champ, visité la case santé, l'école, distribué la cola.
Je paie les deux guides et nous revenons à Kédougou au ralenti sur la piste rouge et sous le soleil couchant.

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Nous croisons des scènes de vie superbes d'hommes et de femmes à bicyclette portant bébé ou chargement de bois. En chemin, nous embarquons 2 femmes et une petite fille, le car qui les transporte est tombé en panne.

Un peu avant nous avons stoppé le véhicule le temps de ramasser de la terre rouge des pistes. Monique veut en rapporter à un ami peintre sur Foundiougne et je souhaite en ramener en France.

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Ce soir sous la douche, j'utilise le diampé acheté au marché, longue bande de coton travaillée comme un filet que les gens utilisent ici pour se frictionner. Je l'ai choisi violet, il est assorti à la petite bassine achetée à Tambacounda et qui sert déjà pour faire tremper le linge.

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11 décembre 2009

# mercredi 11 novembre #

Pendant que Djebel va faire réparer le 4x4, nous prenons notre petit déjeuner au campement et vidons les chambres. Les bagages sont déposés dans le bureau du patron et nous allons faire un dernier tour au marché. J'essaie d'appeler mes enfants en France, je laisse un message sur le répondeur de leur père.
Djebel ne veut pas nous emmener à Etiolo où nous devons passer la nuit. Il râle constamment, prétextant une piste endommagée et des freins abîmés qu'il n'a pas pu faire réparer à Kédougou. Mais nous prendrons quand même la route en fin de matinée.
La piste jusqu'à Salemata n'est pas très accidentée. Nous en connaissons une partie jusqu'à Ibel. Le reste traverse une végétation luxuriante, des cultures de riz et de coton. Je passe le plus clair du temps le nez à la fenêtre du véhicule à photographier à la volée les gens qui circulent à pied ou à vélo. Le paysage montagneux est très beau. Trois couleurs se partagent la palette, le rouge de la piste, le blond des herbes hautes et le vert des arbres.

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Nous enjambons plusieurs petits ponts au dessus de rivières plus ou moins asséchées. Nous photographions des termitières champignon, particularité de la région.

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Sur la route nous embarquons un jeune homme qui déjeunera avec nous au restaurant/épicerie à l'entrée du village. Nous attendrons pour nous installer autour du plat le départ d'ouvriers qui nous ont posé les questions d'usage : Bonjour, ça va ? Vous venez d'où ? Ah la France !

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A côté de moi, un petit garçon s'est assis. D'abord muet et observateur, il se met à chanter dans sa langue ce qui ressemble à une comptine, une berceuse.
Je mitraille une jolie petite fille en essayant de la shooter quand elle ne pose pas.

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Après le thé, nous allons visiter l'école maternelle rudimentaire et désertée ce 11 novembre, sur laquelle est placardée des affichettes reprenant le colloque du jour pour l'éducation des filles. Les femmes du restaurant préparaient d'ailleurs à manger pour ce groupe de travail.

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Nous nous rendons à la mission catholique et au dispensaire. Les soeurs nous expliquent que le gouvernement ayant décrété le palu éradiqué à 70 % il ne fournit plus de médicaments. La situation sanitaire a, de leur point de vue, décliné et elles doivent faire avec encore moins...
Pendant l'hivernage les soeurs restent au dispensaire, mais pendant la saison sèche elles sont en brousse pour les campagnes de vaccination et les soins.

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La mission catholique est un endroit très fleuri. Frangipanier dans la cour et les rosiers de la mère supérieure polonaise. Elles ont une cuisine "labo" qui ressemble à s'y méprendre à une cuisine française, et un patio ombragé.
Elle nous ont reçu dans une grande pièce de réception encombrée de meubles et de bibelots et nous ont offert de l'eau. Karine n'arrivera à en boire qu'une gorgée, elle a peur de tomber malade. J'ai un peu de mal aussi mais la soif l'emporte. Monique nous dira ensuite que les soeurs sont équipées d'un filtre pour l'eau et que nous ne risquions rien.
Dehors, nous chassons la poussière collée à nos pieds sous l'eau du robinet. Nous rafraichissons nos nuques et nos mains, encore une fois nous voilà en plein soleil aux heures les plus chaudes ! Karine et moi soufflons à l'ombre sur un banc pendant que les autres visitent le dispensaire où il est question de frottis vaginal et autres douceurs...

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Sur le chemin, nous conversons avec un grand jeune homme qui vient d'installer une friterie. Nous lui apprenons notre destination pour Etiolo et il nous présente Jean-Pierre, cousin d'un certain Adrien que Monique connaît, le monde est petit, l'Afrique aussi... Il accepte de nous servir de guide en pays Bassari. Ce soir il nous conduit à son village Eganga où se prépare une fête de la corvée. Nous dormirons là bas.
De retour au 4x4, nous informons Djebel de notre destination et lui présentons Jean-Pierre. Notre chauffeur avait d'autres plans, notamment celui de nous imposer le jeune auto-stoppeur comme guide. Djebel, géant peul musulman au milieu du peuple bassari, animiste et plutôt petit et trapu, n'est pas dans son élément...
Un dernier périple en pleine brousse où le véhicule se fraye un chemin entre les broussailles et nous sommes au village.

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Karine, Monique et moi nous installerons pour la nuit à la belle étoile sous la case du centre du village qui n'a pas de mur. Nous avons accroché la moustiquaire et enfilé chaussures fermées car nous allons rejoindre le lieu de la fête à pied. Nous attendons en vain l'oncle de Jean-Pierre, chef du village. Nous sommes assis sur un lit en bambou. Les enfants nous observent à une distance respectable. Finalement nous n'attendrons pas plus longtemps et quittons le village alors que la nuit tombe... Une bonne demi-heure à progresser dans la brousse, éclairées par 2 ou 3 petites torches. Nous enjambons une rivière en équilibre sur des pierres rondes, croisons veaux et vaches accrochés à des piquets qui barrent soudain la route. J'aperçois une araignée qui court sous le feu de la lampe. La balade n'en finit plus, nous questionnons plusieurs fois Jean-pierre sur la distance qu'il reste à parcourir. Il reste très évasif, il est sûr que nous n'avons pas du tout la même conception de l'espace et du temps...
Enfin le village dont nous avions fini par apercevoir les lueurs des feux. Nous saluons les vieux et Bernard, l'instigateur de cette fête de la moisson à laquelle tout le monde a participé. Dans sa case nous goutons l'hydrosucré : sucre + vin de palme en grignotant des arachides. Viens ensuite le vin de palme à proprement parlé, fabriqué à base de maïs fermenté. Un goût de bourru fade. Nous sommes invitées à déguster le plat favori des Bassari, le To. C'est l'équivalent de notre polenta, version sans sel, accompagné d'une sauce au kombo, d'un joli vert gélatineux...
Le village n'est éclairé que par les feux qui alimentent les marmites. La voie lactée est visible, c'est une splendeur.
Dans un coin du village, nous observons les femmes qui pilent en chantant le maïs qui sera transformé en vin, surnommé 4x5.
Monique prend quelques photos au flash, les ancêtres récupèrent la cola et nous récupérons Jean-Pierre avant qu'il ne soit saoûl, nous sommes incapables de retrouver son village toutes seules ! Pendant le chemin du retour, Karine le fait parler pour désembrumer son cerveau...
Augustin, l'oncle de Jean-Pierre et père d'Adrien nous accueillent avec du thé qui glougloute sur un petit brasero typique du pays Bassari. Nous nous réunissons autour du feu et discutons des moeurs des Bassari pendant que les enfants dorment dehors, installés en rang d'oignon sur un matelas tout proche. Ils n'aiment pas s'endormir dans les cases sombres pendant que leurs parents refont le monde à l'extérieur sous les étoiles. C'est malheureusement là qu'ils se font dévorer par les moustiques...
Jean-Pierre nous raconte son éducation à la mission catholique. Il trouvre les chrétiens trop individualistes et a donc préféré rester près de son peuple et de sa famille. A 25 ans, il ne souhaite pas se marier déjà, veut profiter de la vie. Son frêre aîné non plus n'a pas d'épouse.
Les bassari sont donc animistes. On leur attribue à la naissance et par ordre d'arrivée dans la fratrie, un prénom, toujours le même pour les aînés, les cadets, etc... C'est à la mission où ils vont à l'école qu'ils choisiront un prénom chrétien.
Les musulmans disent des bassari qu'on ne peut pas les convertir à l'islam car ils boivent trop !
Le plat arrive, c'est du fonio arrosé d'une sauce à l'arachide. Le fonio est à nouveau cultivé au Sénégal car il permet de réguler le diabète.
Karine ne pourra rien avaler, son appréhension pour les boissons et la nourriture locales ont eu raison de son estomac fragile. Le to et le vin de palme l'ont barbouillée.

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# jeudi 12 novembre #

La nuit est peuplée des bruits de la brousse. Insectes, oiseaux, hyènes que je prends d'abord pour des pleurs d'enfants. A l'aube, c'est le bruit du pilon qui résonne. Nous déjeunons tous ensemble et Karine tartine du chocolat pour les enfants.

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le brasero qui ressemble à l'araignée de louise bourgeois

Pendant une de nos conversations avec Adrien, nous évoquons l'excision. Il nous affirme qu'elle est interdite ici. Que les gens qui la pratiqueraient seraient emprisonnés. Que l'on s'est aperçu que les femmes excisées n'étaient plus "amoureuses"... Nous sommes dubitatives... Interdite certes, plus pratiquée ????

Nous partons pour Etiolo qui veut dire "coup de feu". Pendant une guerre entre les peuls qui voulaient les convertir et les bassaris, ces derniers s'étaient retranchés dans la montagne et tiraient sur leurs assaillants. Le village gardera ce nom.

En chemin, je demande à Jean-Pierre comment se déroule la culture du coton. Il m'explique qu'une société à le monopole de l'exploitation. Elle avance aux agriculteurs la semence et les engrais, rachète la récolte et distribue. C'est une culture exigeante qui demande beaucoup d'eau...

Le campement de Balingo est un petit paradis. Nous nous posons sur les fauteuils en bambou de la salle de réception pendant que l'on prépare nos cases et que l'on remplit d'eau les grandes bassines pour la douche. Il n'y a pas l'eau courante, le puits est à quelques mètres du campement.

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Nous feuilletons avec Jean-Pierre un livre sur la culture bassari. Nous l'interrogeons sur la tradition locale pour enterrer les défunts. Ce sont les adultes qui s'occupent de laver le corps et de creuser la tombe. Autrefois la dépouille était enroulée dans des feuilles, maintenant les linceuls sont en toile. Les femmes ne vont pas au cimetière.

Les garçons sont circoncis vers 9/10 ans au dispensaire. Vers 14/15 ans, ils sont initiés. Pendant une année, ils sont isolés dans une case sans fenêtre, ne reçoivent que la visite de leur père, ne sortent que pour mendier leur nourriture et effectuer quelques besognes pour les villageois. A l'issue de cette période d'isolement, ils passent deux semaines en brousse, seuls, et doivent trouver eau et nourriture par leurs propres moyens. Puis a lieu la cérémonie, en costumes traditionnels. Jean-Pierre nous confirme que ce rituel de passage est une expérience très éprouvante. Les cérémonies ont lieu au printemps devant une foule considérable de villageois mais aussi de journalistes et ethnologues.

Nous découvrons nos cases. Elles sont rondes, en terre et toit de paille, les pieds de lits sont fichés dans le sol et les moustiquaires déjà prévues. Simple et de bon goût. Chaque case porte un nom, la nôtre s'appelle Tama.

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Si nous avons eu de véritables douches dans le campement de kédougou, ici la toilette se fait à la gamelle : un seau d'eau et une calebasse. De cette façon, un demi seau suffit à la toilette. C'est une véritable renaissance, à Eganga nous ne nous étions pas lavées au grand dam des villageois qui sont très propres. Mais nous n'avions eu ni le temps avant la nuit, ni de moyen très "pratique" pour nous débarbouiller. Les lingettes avaient fait l'affaire mais la terre rouge est incrustée dans les pores de notre peau...

Pendant l'apéritif, nous dégustons de gros avocats achetés à Kédougou sur le marché, arrosés pour Karine et moi de gazelle fraîche et abordons le sujet du "gourou" avec Djebel et Jean-Pierre. Le gourou ou Jésus le sauveur en bassari, est un insecte volant, type grosse guêpe inoffensive pour l'homme. Il construit sa "chambre" avec de la boue, y enferme n'importe quel insecte qu'il trouve et tue. Au bout d'une dizaine de jours, la chambre s'ouvre et sort un gourou à la place de l'insecte. Le mystère de cette transformation passionne les deux hommes qui nous racontent leurs expériences tentées pour essayer de percer le secret du gourou...

Nous déjeunons avec Balingho. C'est un homme assez âgé aujourd'hui qui a fait plusieurs voyages en France et aux Etats Unis pour représenter la culture bassari. Il nous conte ses aventures en pays civilisé, son retour au pays et l'installation du campement. Arlette est sous le charme de ce conteur hors pair qui connait son histoire par coeur et l'accommode aux désidératas des touristes de passage.

Nous partons pour une petite promenade jusqu'au village. Nous y allons à pied. Nous ne pourrons pas aller au marché, trop loin, il est aussi trop tard (la nuit tombe tôt et vite) et le 4x4 aux freins abîmés ne peut pas nous y conduire. La place du village est excentrée. Elle est le lieu des fêtes en particulier celle de l'initiation où il s'y presse tellement de monde que, comme nous le dit Jean-Pierre, on ne peut même pas cracher tellement on est nombreux !

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En chemin je photographie les cultures : mil, arachide. Un jeune garçon perché dans un arbre joue de la flûte pour éloigner les oiseaux qui pourraient venir manger la récolte. Son chien veille avec lui au pied de l'arbre.

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Au retour, nous croisons le jeune frère (un homme d'une soixantaine d'années) du chef du village ! Nous discutons quelques minutes avec lui. Il revient de Salemata, un bâton à la main. Jean-Pierre en avait taillé un pour Monique afin de lui faciliter la descente jusqu'au campement. En nous quittant, l'homme offre son bâton à Monique en échange du sien, grossier morceau de bambou. Monique est ravie et Jean-Pierre s'exclame " Monique et Léon se sont échangés leur bâton" !!

Nous nous arrêtons au puits et remplissons nos bouteilles. Ce soir nous boierons l'eau puisée par les enfants, désinfectée avec des tablettes d'aquatab.

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les jumeaux d'Etiolo

Après la douche nous nous installons sur des matelas, sous le ciel étoilé. Les garçons préparent les trois thés. La mort, la vie, l'amour. Pour la première fois, je remarque que Djebel tient entre ses doigts son chapelet. Je le soupçonne toujours d'être mal à l'aise au milieu des bassari. Nous dînons avec Balingo et cherchons les étoiles filantes. La voie lactée se dessine. Nous chantons quelques vieilles mélodies du répertoire français de variété entre deux fous-rires. Les lampes tempêtes attirent insectes et chauve-souris. Pendant que j'écris, une mante religieuse attirée par la lumière s'est réfugiée sous le lit de Karine.

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18 décembre 2009

# vendredi 13 novembre #

Le matin, la rosée a humidifié les matelas sur lesquels nous étions installés la veille. Nous levons le camp. Lentement, nous quittons le pays bassari, cuvette au milieu de montagnes. Encore une fois les herbes hautes frôlent le véhicule nous obligeant à rouler fenêtres fermées. Nous laissons Jean-Pierre dans la brousse et embarquons son cousin jusqu'à Kédougou. Il va étudier au petit séminaire.
Retour à la ville et à la route. Nous souhaitons déjeuner à Mako et atteindre Tambacounda avant la nuit.

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Nous déjeunons sur la natte bleue achetée lors de notre premier passage à Kédougou. Avocats + pâtes à l'oseille + patates douces chaudes trouvées sur le marché le matin même lors d'un dernier arrêt à Kédougou pour nous ravitailler en eau et pain. Karine et moi n'avons malheureusement pas trouvé de petit brasero comme celui qui m'a tant plu à Eganga. J'ai acheté une gomme car celle qui était au bout de mon crayon n'a pas fait long feu... Nous sommes arrêtés tout près du fleuve mais le caractère entêté de notre chauffeur ne nous permet pas de lui faire stopper le véhicule à l'exact endroit qui nous convient, soit sur la rive ombragée. Nous sommes donc installés dans un endroit sinistre, un no man's land derrière la route. Le déjeuner n'en est que plus vite avalé et nous repartons sitôt le nescafé englouti. Pas d'arrêt jusqu'à Tambacounda. A nouveau la fraîcheur du fleuve, les singes au milieu de la route, les contrôles militaires pour la forme puis la ville se dessine, les vendeurs ambulants se multiplient, la chaleur augmente, la pollution voile le ciel, les ordures jonchent le sol.

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A Tamba, Karine et moi sommes installées dans le bar d'un hôtel au charme colonial gommé par les années et le manque d'argent. Nous avons siroté un coca pendant que Monique et les filles cherchent un autre endroit pour dormir. Monique trouve la nuitée trop chère ici. Cependant, après avoir tourné dans Tambacounda, nous ne trouverons rien de meilleur marché.
La clientèle est en majorité blanche. Sous les ventilateurs ronronnant, chacun s'affaire sur son ordinateur. Des jeunes gens sérieux, avalés par leur machine, savourant un retour à la civilisation qui leur fait cruellement défaut pendant les délestages.
Notre chambre double est simple mais agréable grace à l'éclairage indirect émanant d'une ampoule nue colorée en bleu. J'allume aussi une bougie blanche que je fixe au cendrier rectangulaire taillé dans une pièce de bois que nous avons maintenant l'habitude de trouver dans les campements. Les bougies ici se consument très vite. Chaleur ? mauvaise qualité de la cire ? un peu des deux sans doute.
Nous allons dîner en ville en enjambant les dizaines de crapaux qui longent les murs des bungalows.
Nous retrouvons Djebel que nous avions perdu de vue volontairement le temps de négocier nos chambres et de nous installer. Les rapports sont de plus en plus tendus avec lui. Il a trouvé sans problème un endroit pour dormir dans l'hôtel. Nous nous attablons autour d'une bonne portion de viande de mouton grillé dans la dibiterie la plus proche. Pour le dessert des Biskrems, biscuits industriels fourrés au chocolat dont Karine a envie depuis quelques jours. La dibiterie est le rendez-vous des hommes et les touristes n'ont pas l'air de s'y restaurer. Notre petit groupe de femmes à cet endroit doit paraître assez saugrenu surtout quand Djebel nous laisse pour aller prier et dormir.

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# samedi 14 novembre #

Nuit presque blanche pour moi. Peu sommeil (trop de voiture la veille sans doute), les piqûres de moustiques m'ont démangé, beaucoup de bruit dehors aussi. Ce matin, avant le lever du soleil, le chant du mezzin était envoûtant dans mon demi-sommeil. Nous petit déjeunons au restaurant de l'hôtel, il est 7h du matin environ. Croissants mais le beurre est rance !! Dehors, nous retrouvons une équipe de journalistes blancs, clients de l'hôtel, qui ont l'air aussi peu reposés que nous...
Dernière ligne droite jusqu'à Kaolack où nous devons nous arrêter à nouveau à l'Alliance Française pour photographier différents travaux, masques et réalisations des enfants pendant les ateliers d'art plastique, en particulier des collages sur le thème de la ville et des enfants de la rue.

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Dans la bibliothèque de l'Alliance, Karine et moi feuilletons un album de Francis Picabia, petite parenthèse dada au milieu des rayonnages ventilés et des adhérents studieusement absorbés.

Monique parle de proposer une "librairie par terre" à Mérignac afin de récupérer de l'argent pour l'Alliance. Le principe, c'est une natte posée au sol et recouverte de livres à vendre à petit prix comme on pratique au Sénégal.

A Kaffrine, nous déjeunons d'un tiéboudien auquel Karine n'a pas touché, elle ne mange pas de poisson. Elle se rabattra sur des biskrems et du coca.
Devant le restaurant, des jeunes filles parent leur chevelure de rajouts synthétiques. En passant à côté de moi, l'une d'entre elles caressent mes cheveux si courts, m'invitant à changer de look... Le commerce de la perruque semble florissant ici. Combien croiserons nous de femmes affublées d'une chevelure plastique de poupée cheap !

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Nous récupérons les bagages de dons pour les îles. Djebel nous accompagne au bac qui traverse la baie jusqu'à Foundiougne. Sur la route, un 4x4 est renversé sur le côté. Le chauffeur est indemne. Il a certainement voulu attraper le bac de 15 h 30. C'est le médecin remplaçant de Foundiougne, nous apprendra plus tard Karim, un jeune homme venu en bus et qui a aidé avec les autres hommes et Djebel à redresser le véhicule. Un gros pot de pâte d'arachide répand son contenu sur le macadam. Le long de la route, des barrières délimitent un aéroport fantôme.
Nous retrouverons Karim plus tard à l'embarcadère. Entre-temps, est venu le moment de négocier le salaire de notre chauffeur. Il ne veut rien entendre des retards qu'ont occasionnées les petites pannes successives qu'il aurait dû anticiper, sa mauvaise foi écrite sur son front... Nous le quittons mi-figue, mi-raisin, sur une fausse note qui clôture bêtement la semaine passée avec lui. Il doit normalement nous conduire à l'aéroport le jour de notre départ, nous verrons bien... Il repart vers Kaffrine après avoir chargé au maximum son 4x4 de passagers : femmes, enfants, hommes qui s'entassent là où nous avons passé des heures ensemble.

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Karim négocie pour nous le prix d'une pirogue et d'une charrette jusqu'au campement. Cette opportunité nous permet à tous d'arriver à Foundiougne avant la nuit sans attendre le bac. Karim travaille dans l'hôtellerie à Saly, la ville touristique par excellence que nous contournerons toujours sans jamais chercher à nous y arrêter. Il porte des dreadlocks dissimulées sous un grand bonnet aux couleurs du sénégal et arbore un collier de prière en ébène énorme et magnifique sous un tee shirt gris délavé sur lequel ondule à la faveur de ses mouvements une pin up à moitié dénudée, publicité pour coca je crois me souvenir. Je suis fascinée par son collier que je vais m'évertuer à chercher dans les marchés sans succès jusqu'à la fin du séjour.

Bonheur de tremper mes mains jusqu'aux coudes dans l'eau salée qui me tend les bras depuis ma première rencontre avec elle au lac rose sans que je puisse, une fois de plus, y plonger.

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Monique nous met en garde contre les vendeurs d'artisanat d'art qui haranguent le client le long du port alors que nous rejoignons le campement de Tamara, le Baobab. La charrette nous suit avec les bagages.

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Nous sommes logées modestement mais avec tout le confort : douche+toilettes, ventilateur. Karine et moi essaierons d'aller nous baigner mais la plage n'est pas accueillante, méduses, coquillages coupants, boites de conserves, vase....
A côté du campement, il y a une propriété à l'abandon. Tout ici respire une splendeur passée. C'est l'ancien domaine de l'entraîneur des girondins de Bordeaux, Claude Bez, à la grande époque du club. Résidence hôtel, plage de sable fin, débarcadère où l'on imagine musique, lampions et champagne coulant à flot. Le paradis des VIP. Epoque révolue d'autant que la propriété aurait été vendue à un homme mort accidentellement. Fin de l'histoire...

Après la douche nous sommes allées acheter de l'eau et j'ai téléphoné aux enfants. Les marchands essaient de nous attirer dans leurs boutiques, sans succès.
Le dîner est servi au restaurant du campement : crevettes sautées puis poisson grillé, oignons en sauce et frites. Je n'ai malheureusement pas faim, et les filles non plus. Trop de route aujourd'hui, trop de fatigue. Karim est repassé nous saluer et nous faisons la connaissance de Pierre, artiste qui peint des sablés et pour qui Monique et Karine ont rempli une bouteille de terre rouge du pays bassari entre Ibel et Kédougou. Il a son atelier en ville.

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